Lorsqu’on négocie un crédit immobilier, toute l’attention se porte généralement sur le taux d’intérêt. Pourtant, l’assurance emprunteur peut représenter une part importante du coût total du financement. Depuis la loi Lemoine, il est possible de changer d’assurance à tout moment, sous réserve de respecter l’équivalence des garanties exigées par la banque. Pour de nombreux emprunteurs, cette possibilité constitue un véritable levier pour réduire le coût de leur crédit immobilier sans modifier son taux.
Le taux n’est pas le seul coût à négocier
Lorsqu’un emprunteur compare plusieurs offres de crédit immobilier, le taux nominal occupe généralement le devant de la scène. Une différence de quelques dixièmes de point suffit parfois à faire pencher la décision en faveur d’une banque plutôt qu’une autre.
Pourtant, le coût réel d’un financement ne se limite pas aux intérêts. L’assurance emprunteur, qui couvre notamment les risques de décès, d’invalidité et d’incapacité de travail, peut représenter une somme importante sur la durée du prêt.
Son coût dépend notamment de l’âge de l’emprunteur, de son état de santé, de sa profession, de ses activités et du montant assuré. Pour certains profils, l’écart entre l’assurance proposée par la banque et un contrat individuel adapté peut représenter plusieurs milliers, voire plusieurs dizaines de milliers d’euros sur la durée du crédit.
Pourquoi les contrats bancaires peuvent coûter plus cher
Les banques proposent généralement leur propre contrat groupe. Son principe repose sur une mutualisation des risques entre l’ensemble des emprunteurs.
Cette approche présente l’avantage de la simplicité, mais elle ne tient pas nécessairement compte de manière aussi précise du profil individuel de chaque client. Un emprunteur jeune, non-fumeur et exerçant une profession peu risquée peut ainsi trouver une tarification plus avantageuse dans un contrat individuel.
L’assiette de calcul constitue également un élément important. Selon le contrat, les cotisations peuvent être calculées sur le capital initial ou sur le capital restant dû. Dans le second cas, la cotisation diminue généralement au fur et à mesure du remboursement du prêt.
Comparer uniquement le taux affiché sur l’offre de crédit ne permet donc pas de mesurer le véritable coût de l’assurance.
La loi Lemoine a changé la donne
Le cadre légal est devenu nettement plus favorable aux emprunteurs.
La loi Lagarde de 2010 a consacré la possibilité de choisir une assurance externe dès la souscription du crédit. La loi Hamon, puis l’amendement Bourquin, ont ensuite facilité le changement de contrat en cours de prêt.
Depuis l’entrée en vigueur de la loi Lemoine en 2022, l’emprunteur peut résilier son assurance emprunteur à tout moment et sans frais, sous réserve que le nouveau contrat présente un niveau de garanties équivalent à celui exigé par la banque.
Cette évolution est importante : un emprunteur qui a souscrit son crédit il y a plusieurs années n’est donc pas nécessairement condamné à conserver son contrat d’assurance initial jusqu’à la dernière échéance.
La banque dispose d’un délai réglementaire pour examiner la demande et ne peut refuser la substitution que si le nouveau contrat ne respecte pas les garanties exigées. Le refus doit être motivé.
Le questionnaire médical : une autre avancée importante
La loi Lemoine a également supprimé, dans certaines situations, le questionnaire de santé.
Cette suppression concerne notamment les prêts dont la part assurée ne dépasse pas 200 000 € par personne et dont le remboursement intervient avant le 60e anniversaire de l’emprunteur.
Le droit à l’oubli a par ailleurs été ramené à cinq ans pour certaines pathologies, notamment certains cancers, sous réserve du respect des conditions prévues par la réglementation.
Ces évolutions peuvent faciliter l’accès à l’assurance pour certains emprunteurs et réduire les différences de tarification liées à leur situation personnelle.
Changer d’assurance ne signifie pas choisir la moins chère
L’objectif n’est toutefois pas simplement de trouver le tarif le plus bas.
Une assurance emprunteur doit avant tout répondre aux exigences de la banque et offrir une protection cohérente avec la situation de l’assuré.
Les différences entre deux contrats peuvent être importantes : définition de l’invalidité, franchises, exclusions, couverture des affections dorsales ou psychologiques, prise en charge en cas d’incapacité de travail ou encore territorialité des garanties.
Un contrat moins cher n’est donc pas nécessairement plus intéressant s’il offre une couverture sensiblement moins protectrice.
La comparaison doit porter à la fois sur le prix et sur les garanties réellement proposées.
Les profils particuliers nécessitent une attention supplémentaire
Cette analyse devient encore plus importante pour certains emprunteurs.
Professions libérales, chefs d’entreprise, sportifs, personnes présentant certains antécédents médicaux ou emprunteurs vivant à l’étranger peuvent avoir des besoins spécifiques.
Pour un emprunteur franco-israélien, par exemple, la territorialité des garanties, les conditions de prise en charge à l’étranger et les modalités d’éventuelles expertises médicales doivent être examinées avec attention.
La question de la quotité mérite également d’être étudiée pour les couples. Une répartition à 50/50, 70/30 ou 100/100 n’a pas les mêmes conséquences sur le coût de l’assurance ni sur la protection du foyer.
Un levier encore largement sous-exploité
L’assurance emprunteur est souvent acceptée par défaut au moment de la signature du crédit, alors qu’elle constitue une composante importante du coût global du financement.
La possibilité de changer de contrat à tout moment permet désormais de revenir sur ce choix sans attendre une échéance annuelle.
Pour un emprunteur ayant encore de nombreuses années de crédit devant lui, une économie mensuelle relativement limitée peut ainsi représenter une somme significative sur la durée restante du prêt.
Le bon réflexe consiste donc à ne pas comparer uniquement les taux proposés par les banques. Il faut également examiner le coût et la qualité de l’assurance, puis vérifier régulièrement si le contrat reste adapté à sa situation.
Dans certains cas, il est possible de réduire sensiblement le coût de son crédit sans négocier un seul dixième de point sur son taux d’intérêt.
L’assurance emprunteur n’est donc pas un simple accessoire du financement : elle constitue un véritable levier d’optimisation du coût global du crédit immobilier.


