Crédit immobilier : la BCE interrompt la baisse de ses taux – quel impact pour les emprunteurs ?

BCE

Après une année de politique monétaire assouplie, la Banque centrale européenne (BCE) a décidé, lors de sa réunion du jeudi 24 juillet 2025, de laisser ses taux directeurs inchangés. Une décision attendue, mais marquant une inflexion symbolique après une série ininterrompue de baisses.

Dans un contexte où l’inflation ralentit progressivement, ce changement de cap interroge : quelles conséquences attendre sur le marché du crédit immobilier ? Et faut-il envisager d’emprunter dès maintenant, ou attendre une nouvelle détente monétaire ?

Une pause dans la stratégie d’assouplissement monétaire

La BCE avait entamé une baisse de ses taux en réponse au repli de l’inflation, amorcée courant 2024, après un cycle de hausses inédit destiné à enrayer la flambée des prix post-Covid et post-conflit en Ukraine. Le maintien des taux directeurs en juillet 2025 constitue donc une pause technique, qui pourrait annoncer une période d’observation plus longue que prévu.

Cependant, cette décision ne devrait pas profondément bouleverser l’environnement actuel du crédit immobilier. Les taux d’intérêt appliqués aux prêts immobiliers sont en effet déjà stabilisés depuis le mois de juin, après avoir connu un repli notable au cours des mois précédents.

Des taux de crédit revenus à un niveau moyen historique

Les taux moyens observés en ce mois de juillet 2025 s’établissent à 3,15 % sur 20 ans et 3,25 % sur 25 ans. Ces niveaux sont considérés comme raisonnables et conformes à la moyenne observée sur les 25 dernières années – exception faite de la période exceptionnelle de 2019 à 2021, durant laquelle les taux oscillaient entre 0 % et 1 %, favorisés par une politique monétaire ultra-accommodante.

Cette stabilisation des taux, couplée à un certain attentisme du marché, offre une fenêtre de tir favorable pour les emprunteurs, notamment ceux disposant de profils solides (revenus stables, apport personnel conséquent, bonne gestion financière). Certains d’entre eux parviennent d’ailleurs à négocier des taux inférieurs à 3 %, selon les établissements bancaires.

La décision de la BCE n’aura qu’un impact limité à court terme

Du côté des professionnels du crédit, cette pause dans la baisse des taux ne crée pas de surprise. « La décision de la BCE était anticipée par les marchés ». L’absence d’effet immédiat sur les taux de crédit immobilier tient au fait que les banques avaient déjà intégré cette hypothèse dans leurs politiques de taux depuis plusieurs semaines.

Par ailleurs, de nombreux analystes s’accordent à penser que la BCE pourrait reprendre ses baisses de taux dès la rentrée, si les indicateurs macroéconomiques – notamment l’inflation sous-jacente – confirment leur orientation favorable. Cela plaide donc pour une stabilité, voire une légère baisse des taux à l’automne, avant d’éventuelles tensions en 2026.

Des prévisions favorables… mais une incertitude pour 2026

Lors de la conférence de presse organisée par l’Observatoire Crédit Logement le 17 juillet, le professeur Michel Mouillart a présenté des prévisions relativement optimistes. Il anticipe un taux moyen toutes durées confondues de 3,11 % pour l’année 2025, et une poursuite de la détente jusqu’à 3,05 % en fin d’année.

Néanmoins, les perspectives à plus long terme s’assombrissent. Pour 2026, Michel Mouillart fait part de ses inquiétudes liées à un contexte politico-économique fragile en France : faible croissance du PIB, remontée du chômage, finances publiques dégradées, et risque d’instabilité gouvernementale avec une opposition renforcée à l’Assemblée nationale.

Le rôle déterminant du taux de l’OAT à 10 ans

Autre élément de vigilance : l’évolution du taux de l’OAT (Obligation Assimilable du Trésor) à 10 ans, qui sert de référence aux banques pour leurs refinancements sur les marchés. Ce taux est remonté de 3,24 % à 3,35 % entre début et fin juillet, signalant une tension potentielle sur les marchés obligataires.

Or, si les banques empruntent sur les marchés à un coût supérieur à celui auquel elles prêtent aux particuliers (ex. : prêter à 3,15 % tout en se finançant à 3,25 %), elles opèrent avec une marge négative, ce qui n’est pas soutenable.

Cela pourrait les conduire à rehausser leurs barèmes de taux en 2026, même sans changement immédiat de politique monétaire de la BCE. Michel Mouillart table ainsi sur un taux moyen à 3,40 % d’ici fin 2026, si ces tensions persistent.

Faut-il emprunter dès maintenant ?

Dans ce contexte de stabilisation des taux, associé à un marché immobilier en cours d’ajustement (prix orientés à la baisse dans plusieurs grandes villes), les conditions sont réunies pour envisager un emprunt dès maintenant.

Les acquéreurs disposant d’un bon dossier peuvent sécuriser un taux attractif et profiter de conditions de financement encore compétitives avant une éventuelle remontée des taux dans un avenir proche.

La décision de la BCE de suspendre momentanément la baisse de ses taux ne remet pas en cause l’environnement relativement favorable du crédit immobilier en 2025. Pour les candidats à l’achat, l’heure reste propice à l’emprunt, à condition d’agir avec discernement et de se positionner rapidement.

Car si la situation reste stable aujourd’hui, les incertitudes économiques et budgétaires qui pèsent sur 2026 pourraient bien changer la donne.

Précision : Les informations contenues dans cet article n’engagent que le rédacteur et ne sauraient se substituer à un conseil financier spécifique. Elles ne sont valables qu’à la date de leur rédaction uniquement.

Jeremy ESSERYK
Conseiller en Investissements Financiers
Courtier en assurances et en prêts bancaires en Europe
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