Entre l’optimisme affiché de Donald Trump et la prudence analytique de JPMorgan, l’économie américaine semble tiraillée entre deux lectures radicalement différentes de son avenir. Tandis que l’ancien président promet un nouvel « âge d’or » de prospérité, la première banque américaine alerte sur un risque élevé de récession. Ce duel à distance illustre les incertitudes majeures qui pèsent sur la trajectoire économique des États-Unis à l’horizon 2025.
Trump promet un « âge d’or » économique
Alors que la campagne présidentielle américaine monte en intensité, Donald Trump affiche une confiance sans faille en la capacité des États-Unis à renouer avec une croissance spectaculaire. S’il revient à la Maison-Blanche en 2025, l’ancien président promet des baisses d’impôts, une dérégulation massive et des accords commerciaux « plus avantageux » que jamais.
Selon lui, ces mesures permettront au pays d’atteindre une croissance de plus de 4 % dès la fin de l’année 2025. Kevin Hassett, ancien président du Conseil économique de la Maison-Blanche sous Trump, renforce cette projection : « La croissance pourrait dépasser les 3 %, voire atteindre 4 % si les réformes proposées sont rapidement mises en œuvre. »
JPMorgan, prudente face aux risques de récession
Face à cette vision résolument optimiste, Jamie Dimon, PDG de JPMorgan Chase, adopte un ton beaucoup plus réservé. Dans une interview accordée à Bloomberg le 22 mai, il a évoqué une probabilité de récession à 50 %, un chiffre en nette hausse par rapport aux projections internes de sa banque plus tôt cette année.
Selon Dimon, plusieurs nuages s’accumulent à l’horizon économique : tensions géopolitiques, incertitudes sur la dette américaine, ralentissement de la productivité, et surtout, politique commerciale imprévisible. Il souligne notamment que les droits de douane actuellement imposés à certains produits chinois (jusqu’à 30 %) freinent la visibilité et la confiance des entreprises.
Des marchés partagés entre solidité actuelle et inquiétudes à venir
Malgré des indicateurs solides du côté de l’emploi et de la consommation, les marchés financiers montrent des signes d’hésitation. Le moral des investisseurs reste fragile, et certains indicateurs avancés (commandes industrielles, investissements des entreprises) affichent un ralentissement.
Un signal clé : l’indice VIX, surnommé « indice de la peur », qui mesure la volatilité anticipée des marchés. Actuellement situé autour de 22, il pourrait bondir à 30, voire 50, en cas de nouvelles tensions commerciales ou d’un choc macroéconomique.
L’ombre d’une guerre commerciale persistante
Au cœur des préoccupations de Jamie Dimon : la relation avec la Chine. Bien qu’un premier round de négociations ait eu lieu à Genève, aucune avancée majeure n’est encore concrétisée. Dimon appelle à la prudence : « Nous espérons que les discussions progresseront, mais les incertitudes actuelles freinent clairement les décisions d’investissement. »
De son côté, Trump continue d’adopter une posture ferme, justifiant les droits de douane comme un levier pour rééquilibrer les échanges. Une stratégie qui divise les économistes, certains y voyant un frein à la croissance, d’autres un moyen de défendre les intérêts industriels américains.
Deux lectures du futur économique américain
Le contraste entre la vision ambitieuse de Donald Trump et l’analyse réaliste de JPMorgan révèle plus qu’un simple désaccord : il met en lumière une fracture entre la sphère politique et les milieux financiers. L’un fait le pari d’un volontarisme économique sans limites, l’autre alerte sur les déséquilibres structurels de long terme.
Cette divergence symbolise une économie américaine à la croisée des chemins : croissance soutenue ou retournement brutal ? Tout dépendra de la conjoncture mondiale, des décisions de la Réserve fédérale, de la gestion de la dette et surtout… du choix des électeurs en novembre 2024.
En attendant, un cap toujours flou
À ce stade, il est impossible de trancher. Les mois à venir seront décisifs pour clarifier la trajectoire économique des États-Unis. Mais une chose est sûre : le duel Trump – Dimon ne fait que commencer. Et à travers lui, c’est toute la crédibilité des scénarios économiques qui est mise à l’épreuve.


