Produits structurés : la vraie différence se joue avant la souscription

Produits structurés

Les produits structurés sont devenus des outils incontournables de la gestion patrimoniale. Derrière une mécanique en apparence simple, leur performance réelle dépend largement de leur mode de construction. Entre banques intégrées et conseillers indépendants, les logiques de conception diffèrent profondément et influencent directement le couple rendement-risque proposé à l’investisseur.

Un produit identique en apparence, mais très différent dans sa construction

Les produits structurés reposent sur des briques communes : un sous-jacent, une barrière de protection, un coupon conditionnel et une échéance. Pourtant, derrière cette structure standardisée, la manière dont le produit est conçu peut varier fortement et avoir un impact direct sur sa performance finale.

Lorsqu’une banque émet ses propres produits structurés, elle intervient à la fois comme concepteur, émetteur et distributeur. Cette intégration verticale lui permet de maîtriser l’ensemble de la chaîne, mais elle crée aussi une concentration des intérêts.

Chaque étape génère des marges : structuration, distribution, couverture. L’accumulation de ces coûts réduit mécaniquement l’efficacité économique du produit pour l’investisseur.

Cela ne signifie pas que les produits sont inadaptés, mais qu’ils répondent aussi à des contraintes internes de rentabilité et de commercialisation.

Qui décide vraiment des paramètres du produit
Dans une architecture fermée, les caractéristiques du produit sont généralement définies en interne. Le niveau du coupon, la barrière de protection ou le choix des sous-jacents s’inscrivent dans une logique de gamme et de distribution à grande échelle.
Le produit est alors conçu pour être vendu, mais aussi pour s’intégrer dans une stratégie globale de l’établissement.

À l’inverse, dans un modèle en architecture ouverte, un conseiller indépendant agit comme un intermédiaire entre plusieurs émetteurs. Il met en concurrence différentes banques de marché sur un même cahier des charges afin de sélectionner la structure la plus adaptée.
Des acteurs comme BNP Paribas, Société Générale, Natixis ou Goldman Sachs peuvent ainsi proposer des solutions concurrentes pour un même besoin d’investissement.

Le pouvoir de négociation change de camp

Dans une logique d’architecture ouverte, les paramètres du produit deviennent négociables. Le niveau de la barrière, le coupon ou la fréquence d’observation peuvent être ajustés en fonction des propositions des différents émetteurs.

Cette mise en concurrence permet, à risque équivalent, d’obtenir soit une meilleure protection, soit un rendement supérieur. La performance ne provient pas uniquement de la structure elle-même, mais du processus de sélection en amont.

Dans les modèles bancaires intégrés, cette phase de comparaison est limitée puisque l’offre repose principalement sur des produits maison.

L’architecture ouverte comme logique de construction sur mesure

L’architecture ouverte repose sur une logique de personnalisation. Elle part du profil de l’investisseur, de son horizon de placement et de sa tolérance au risque pour construire un produit adapté.

Cette approche permet également d’adapter les sous-jacents en fonction des conditions de marché. Indices actions, paniers sectoriels ou thématiques spécifiques peuvent être sélectionnés de manière plus flexible que dans une gamme standardisée.

La question des frais, souvent sous-estimée

Les produits structurés intègrent plusieurs couches de frais parfois peu visibles pour l’investisseur final. Ces coûts influencent directement la performance nette.

Dans un cadre réglementaire encadré par MiFID II, les conseillers doivent justifier l’adéquation des produits proposés et documenter les alternatives étudiées. Cette exigence améliore la transparence, même si la structure des coûts reste complexe.

Une indépendance qui ne garantit pas automatiquement la performance

L’indépendance ne constitue pas en soi une garantie de meilleure performance. Elle doit s’accompagner d’une réelle capacité à mettre en concurrence les émetteurs et à structurer des solutions pertinentes.

À l’inverse, les banques disposent d’une forte expertise de structuration et d’une solidité financière qui peut représenter un avantage important en matière de risque de contrepartie.

L’enjeu réel réside donc moins dans le statut du conseiller que dans la qualité du processus de construction du produit.

Ce que cela change pour l’investisseur

Pour l’investisseur, la question centrale n’est pas uniquement le rendement affiché, mais la manière dont ce rendement a été construit.

Qui a conçu le produit, dans quel cadre, avec quels arbitrages et combien d’émetteurs ont été mis en concurrence sont des éléments déterminants.

La performance d’un produit structuré dépend autant de son ingénierie financière que de son processus de conception. C’est cette dimension souvent invisible qui explique pourquoi la question de la construction est aussi importante que celle du rendement.

Précision : Les informations contenues dans cet article n’engagent que le rédacteur et ne sauraient se substituer à un conseil financier spécifique. Elles ne sont valables qu’à la date de leur rédaction uniquement.

Jeremy ESSERYK
Conseiller en Investissements Financiers
Courtier en assurances et en prêts bancaires en Europe
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