Lorsqu’un héritage est principalement composé d’immobilier, de placements financiers ou de parts de société, les héritiers peuvent manquer de liquidités pour régler l’impôt de droits de succession dans les délais. Plusieurs solutions permettent de mobiliser le patrimoine transmis sans vendre précipitamment des actifs, à condition d’en évaluer le coût, les risques et les modalités de remboursement.
Un héritage important ne garantit pas des liquidités suffisantes
Recevoir un appartement, un portefeuille de titres ou des parts de société ne signifie pas nécessairement disposer des liquidités nécessaires pour régler les droits de succession. En France métropolitaine, la déclaration de succession doit en principe être déposée dans les six mois suivant le décès, et les droits sont généralement payables lors de son dépôt.
Pour un enfant héritant de ses parents, un abattement de 100 000 euros s’applique en principe sur la part reçue de chaque parent, avant l’application du barème progressif. Celui-ci atteint 45 % pour la fraction taxable la plus élevée. Selon le lien de parenté, la valeur des biens et la situation familiale, la facture fiscale peut donc représenter une somme considérable.
Lorsqu’une succession est essentiellement composée d’immobilier ou de placements que les héritiers souhaitent conserver, vendre rapidement une partie des actifs peut être peu opportun. Le recours au crédit constitue alors une piste à étudier.
Le crédit lombard : conserver ses placements financiers
Le crédit lombard consiste à obtenir un financement garanti par un portefeuille de valeurs mobilières ou, selon les établissements et les contrats, par certains actifs financiers. L’héritier peut ainsi obtenir des liquidités pour régler les droits de succession sans céder immédiatement ses placements.
Le montant accordé dépend de la nature des actifs, de leur liquidité, de leur volatilité et des critères de risque de la banque. Un portefeuille diversifié d’actions ne sera pas évalué comme un ensemble d’obligations de bonne qualité ou des supports moins volatils. La quotité de financement est donc déterminée au cas par cas.
Certains crédits lombards prévoient le remboursement du capital à l’échéance, tandis que les intérêts sont payés pendant la durée du prêt. Cette structure peut préserver la trésorerie à court terme, mais elle suppose d’anticiper le remboursement final.
Le principal risque tient à la valeur du portefeuille nanti. En cas de baisse importante des marchés, la banque peut demander des garanties supplémentaires ou un remboursement partiel. Il est donc essentiel de vérifier que l’emprunteur pourra faire face à une évolution défavorable sans devoir vendre ses placements au mauvais moment.
L’assurance-vie : une source de liquidités à examiner
Lorsqu’un décès entraîne le versement d’un capital d’assurance-vie à un bénéficiaire, celui-ci peut disposer de liquidités utiles pour régler les droits dus au titre de la succession. Selon la configuration, un financement garanti par un contrat d’assurance-vie peut également être envisagé, sous réserve de l’éligibilité du contrat et de l’accord de l’établissement prêteur.
Les contrats luxembourgeois peuvent présenter un intérêt pour certains patrimoines internationaux. Leur mobilisation dépend toutefois des caractéristiques du contrat, de la résidence fiscale des personnes concernées et des garanties acceptées par la banque. Ils ne constituent donc pas une solution automatique au financement des droits de succession.
L’objectif est de comparer les options disponibles et de vérifier leur compatibilité avec la structure du patrimoine et les besoins des héritiers.
Le prêt hypothécaire : transformer un bien immobilier en capacité de financement
Une autre possibilité consiste à obtenir un prêt garanti par un bien immobilier. Celui-ci peut être un bien reçu en héritage ou, selon la situation, un autre actif immobilier déjà détenu par l’emprunteur.
Cette solution permet de dégager des liquidités sans vendre immédiatement le bien. Elle nécessite toutefois une analyse bancaire, une évaluation immobilière et la mise en place d’une garantie hypothécaire. Lorsque le bien appartient à plusieurs héritiers en indivision, la situation juridique et les accords nécessaires doivent être examinés en amont.
Les facilités fiscales : une alternative au crédit bancaire
Avant de solliciter un financement, il convient d’examiner les possibilités offertes par l’administration fiscale française. Sous certaines conditions, les droits de succession peuvent faire l’objet d’un paiement fractionné, généralement sur une période maximale d’un an.
Cette durée peut être portée à trois ans lorsque l’actif successoral comprend au moins 50 % de biens non liquides, notamment des immeubles ou des valeurs mobilières non cotées.
Un paiement différé est également possible dans certaines situations, notamment lorsque la succession comporte des biens transmis en nue-propriété. Ces dispositifs sont soumis à des conditions précises : la demande doit respecter les modalités prévues, des garanties peuvent être exigées et des intérêts sont dus.
Pour les demandes formulées depuis le 1er janvier 2026, le taux d’intérêt est en principe de 2 %, avec des règles particulières pour certaines transmissions d’entreprises.
Ces facilités peuvent réduire le besoin de financement immédiat. Leur intérêt doit néanmoins être comparé au coût d’un crédit bancaire et au calendrier prévisible des rentrées de liquidités.
Financer la succession sans fragiliser l’avenir
Le recours au crédit doit répondre à un objectif patrimonial précis : conserver un actif stratégique, éviter une cession précipitée ou préserver la cohérence d’un patrimoine familial. Il ne doit pas simplement reporter une difficulté financière.
Avant de décider, il faut comparer le coût total du financement, les garanties exigées, les échéances et les conditions de remboursement. Il est également nécessaire d’anticiper les scénarios défavorables, qu’il s’agisse d’une baisse des marchés, d’une diminution des revenus ou de difficultés à revendre un actif à l’échéance.
Une préparation patrimoniale en amont permet d’identifier les actifs mobilisables, d’évaluer les besoins de liquidités et d’étudier les solutions adaptées à la situation familiale et fiscale des héritiers.
Transmettre un patrimoine, c’est aussi transmettre les moyens de le conserver.


