Taux en hausse, transactions en baisse : où va l’immobilier français ?

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Hausse des taux d’emprunt, ralentissement des transactions, prix sous pression et incertitudes politiques : le marché immobilier français aborde la fin de l’année 2026 dans un climat contrasté. La reprise amorcée après le creux de 2024 perd de son élan, mais les situations restent très différentes selon les territoires et les catégories de biens. Faut-il s’attendre à une nouvelle baisse des prix ? Et pour les acheteurs, est-ce encore le bon moment pour se positionner ?

Des taux de crédit qui repartent à la hausse

Après plusieurs mois de relative stabilité, les taux des crédits immobiliers ont progressivement augmenté au cours de l’été et de l’automne. Selon l’Observatoire Crédit Logement/CSA, le taux moyen des nouveaux crédits s’établit à 3,49 % en octobre 2026, contre 3,40 % en septembre. Sur vingt ans, il atteint 3,54 %, et 3,57 % sur vingt-cinq ans.

Les barèmes des courtiers peuvent différer selon le profil de l’emprunteur, la durée du financement et la qualité du dossier. Certains établissements proposent encore des conditions attractives aux meilleurs profils, tandis que les ménages présentant une situation financière moins favorable subissent davantage la hausse.

Cette évolution pèse directement sur le pouvoir d’achat immobilier. À mensualité identique, une hausse du taux réduit le montant que l’on peut emprunter. Pour les ménages déjà proches des limites d’endettement, quelques dixièmes de point peuvent suffire à remettre en cause un projet ou à réduire la surface accessible.

Un marché ancien qui ralentit, sans s’effondrer

Le marché immobilier français n’est pas à l’arrêt, mais la reprise amorcée après le creux de 2024 perd de son élan. Selon les Notaires de France, 951 000 transactions de logements anciens ont été enregistrées sur douze mois à fin août 2026, soit une progression de 3,6 % sur un an.

Cette évolution reste positive, mais marque un ralentissement par rapport à la dynamique observée à la fin de 2025.

Du côté des prix, la tendance est moins favorable. Les dernières données disponibles de l’Insee font état d’un recul de 1 % des prix des logements anciens au deuxième trimestre 2026. La correction reste modérée à l’échelle nationale, mais confirme que le marché ne retrouve pas encore une dynamique solide.

Les moyennes nationales masquent toutefois des réalités très différentes. Dans les grandes métropoles où la demande demeure soutenue, les biens bien situés et correctement valorisés continuent de trouver preneur.

À l’inverse, dans certaines villes moyennes et zones rurales, les délais de vente s’allongent et les négociations deviennent plus importantes. Les logements énergivores, mal entretenus ou proposés à un prix excessif sont particulièrement exposés.

Une pression croissante sur les vendeurs

L’équilibre entre acheteurs et vendeurs s’est progressivement modifié. Les acquéreurs disposent de davantage de choix et peuvent prendre leur temps, tandis que les vendeurs doivent composer avec des conditions de financement moins favorables et une demande plus sélective.

Certains investisseurs locatifs envisagent de céder leurs biens face à l’évolution de la fiscalité, aux contraintes réglementaires et aux dépenses de rénovation énergétique. D’autres propriétaires vendent à la suite d’une séparation, d’une succession ou d’un changement de situation personnelle.

Dans ce contexte, le prix devient le principal levier pour conclure une transaction. Les biens correctement estimés se vendent encore, tandis que les annonces surévaluées restent plus longtemps sur le marché et font souvent l’objet de baisses successives. Pour les vendeurs, le réalisme des prix est devenu déterminant.

Le facteur politique : l’attentisme avant la présidentielle

L’immobilier est un marché de confiance, et la visibilité économique joue un rôle essentiel dans les décisions d’achat et d’investissement. Or, à quelques mois de l’élection présidentielle de 2027, les interrogations sont nombreuses.

Fiscalité du patrimoine, droits de succession, encadrement des loyers, rénovation énergétique ou dispositifs de soutien à l’investissement locatif : plusieurs sujets pourraient faire l’objet de nouvelles orientations politiques. Les ménages et les investisseurs peuvent donc être tentés de différer leurs décisions dans l’attente d’une meilleure visibilité.

Le risque ne tient pas uniquement au résultat du scrutin, mais aussi à la période d’incertitude qui le précède et aux éventuelles réformes qui suivront. Dans un marché où les décisions engagent souvent les ménages sur plusieurs décennies, cette prudence peut suffire à ralentir les transactions.

Des professionnels sous pression

Les conséquences du ralentissement ne sont pas identiques pour tous les acteurs.
Les notaires dépendent directement du nombre de transactions et de leur valeur. Leur rôle demeure incontournable, mais une baisse durable des ventes et des prix peut peser sur leur activité.

Les courtiers doivent composer avec des banques plus sélectives et des emprunteurs dont les capacités de financement sont parfois réduites. Leur accompagnement devient d’autant plus utile que les dossiers sont complexes, mais la contraction du nombre de crédits accordés peut fragiliser leur activité.

Les agences immobilières subissent l’allongement des délais de vente et la difficulté à obtenir des mandats à des prix réalistes. Les honoraires sont davantage discutés et les structures les moins solides peuvent être fragilisées par la baisse de leur chiffre d’affaires.

Enfin, les promoteurs restent particulièrement exposés. Le logement neuf souffre d’une demande insuffisante, de coûts de construction élevés et d’un environnement réglementaire complexe. Les autorisations et les mises en chantier demeurent sous pression. Si cette situation se prolonge, elle pourrait contribuer à réduire l’offre de logements dans les années à venir.

Où va le marché ? Trois scénarios possibles

Le premier scénario, celui d’un atterrissage progressif, apparaît comme le plus plausible à court terme. Les prix pourraient rester globalement stables ou poursuivre leur correction modérée, tandis que les volumes de transactions se maintiendraient à un niveau inférieur à celui des grandes années du marché.

Un deuxième scénario serait celui d’une baisse plus marquée. Une nouvelle hausse des taux, une dégradation de l’emploi ou un durcissement de l’incertitude politique réduiraient encore la demande solvable. Les biens les moins attractifs pourraient alors subir des corrections plus importantes, parfois supérieures à 5 % dans certains secteurs.

Enfin, un scénario de rebond reste envisageable. Une détente des taux, une amélioration de la confiance et des mesures favorables à l’accession à la propriété pourraient libérer une partie de la demande aujourd’hui en attente.

Dans les zones les plus recherchées, la faiblesse de la construction neuve pourrait alors raviver les tensions sur les prix.

Est-ce encore le bon moment pour acheter ?

La réponse dépend avant tout de la nature du projet et de la situation financière de l’acquéreur. Pour un ménage qui souhaite acheter sa résidence principale et s’installer durablement, la période actuelle présente de véritables opportunités. L’offre est plus importante, les vendeurs sont davantage disposés à négocier et les prix ne connaissent pas de hausse généralisée.

En revanche, le coût du crédit est plus élevé qu’au début de l’année et pourrait encore progresser. Attendre une baisse supplémentaire des prix n’est donc pas nécessairement une stratégie gagnante : l’économie réalisée sur le prix d’achat pourrait être partiellement absorbée par un financement plus coûteux.

La prudence reste de mise. Il convient de vérifier sa capacité de remboursement, de conserver une marge de sécurité, de comparer les propositions bancaires et de porter une attention particulière à la performance énergétique du logement. La qualité de l’emplacement, l’état du bien et son prix réel demeurent essentiels.

Le marché immobilier français n’est ni en effondrement ni véritablement sorti de ses difficultés. Il traverse une phase de transition : les acheteurs retrouvent une partie de leur pouvoir de négociation et les vendeurs doivent accepter un environnement plus exigeant.

La présidentielle de 2027 pourrait constituer un tournant, mais l’évolution des taux, de l’emploi et de la confiance des ménages pèsera tout autant sur la trajectoire du marché.

Pour les acquéreurs bien préparés, des opportunités existent. Pour les vendeurs, le temps des prix déconnectés de la réalité semble révolu.

Précision : Les informations contenues dans cet article n’engagent que le rédacteur et ne sauraient se substituer à un conseil financier spécifique. Elles ne sont valables qu’à la date de leur rédaction uniquement.

Jeremy ESSERYK
Conseiller en Investissements Financiers
Courtier en assurances et en prêts bancaires en Europe
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